
( extraits)
L'ingérence des blancs
Les étrangers à la peau claire, au visage velu - les Visages Pâles, les blancs-, qui débarquèrent au XVI ème siècle, furent reçus sans hostilité ni peur mais avec une énorme curiosité. Les indiens allèrent vers eux, chargés de présents, les invitant dans leurs villages, dans l'esprit de partage et d'échanges culturels qui existaient entre les tribus.
Il ne les prirent pas pour des dieux, n'ayant jamais divinisé quoi ou qui que ce soit, et s'ils les trouvèrent sans doute agressifs, inadaptés au milieu, vivant un peu trop facilement à leur dépens, fermés à toute communication, aveugles à la Beauté de la Nature, sourds à l'harmonie de l'Univers...
Ils ne laissèrent rien paraître de l'infériorité morale et culturelle qu'ils reconnurent, les recevant comme porteur d'une culture différente, les acceptant dans leurs différences, des différences qui, nécessairement, avaient place et sens dans l'Univers
En revanche, les Blancs, à quelques rares exceptions près, les classèrent collectivement et globalement comme des sauvages, et niés, contre toute évidence, comme non-culture et comme non-humanité, voire affirmés comme bestialité.
Ainsi les indiens furent confrontés à l'arrivée - l'ingérence - d'une force, jusque là inconnue d'eux, déstabilisatrice, destructrice de leur harmonie universelle : la civilisation occidentale dont les apparences furent d'une extrême variété : derniers féodaux, marchands, entrepreneurs, paysans, prolétaires, petits paysans, catholiques, protestants, libres penseurs, monarchistes, républicains de toutes tendances,bien-pensants et aventuriers, déportés, condamnés de droit commun ou politique, bagnards, révoltés, soldats, mercenaires...
Espagnols, Français, Anglais, Hollandais, Russes..., des hommes - et des femmes - d'origines et de fortunes diverses, de convictions différentes, d'interêts souvent opposés, mais tous identiques dans leur nouvelle nature de colons, leur incapacité à reconnaître le fait indien.
L'impact démographique : le génocide
...En 1800, en Amérique du nord, il n'y avait pratiquement plus de peuple indien, sauf les septentrionaux des Eskimos, qui échappaient encore à l'influence directe ou indirecte de la traite ! La traite que les occidentaux engagèrent avec les indiens et qu, en fait, ils leur imposèrent, détruisît partiellement ou totalement l'indépendance économique des Indiens, épuisa leurs ressources et fit disparaître une partie importante de leur savoir et de leurs techniques.
Les rapports compétitifs qu'elle établit entre les tribus et la généralisation de l'alcool comme monnaie d'échange furent des facteurs de démoralisation des tribus, de dégénérescence physiologique et psychologique des individus et des groupes et, enfin, le terreau essentiel de l'apparition des guerres tribales.
- Mais les blancs ne se contentèrent pas d'apporter de l'alcool, les fusils, la concurrence commerciale et les guerres intestines ; ils importèrent des facteurs d'épidémies - variole, rougeole, grippe, typhoïde, tuberculose, choléra, pestes... - qui jusqu'alors avaient été totalement absents d'Amérique du Nord : ce second apport fut un véritable désastre démographique pour les Indiens.
Jusqu'en 1650, ces épidémies décimèrent jusqu'à 90% de la population des tribus mais elles restaient limitées localement du fait de l'isolement dont pouvait encore bénéficier les tribus n'étant alors pas encore entrées en contact avec le Blancs et de la relative lenteur de l'expansion de ces derniers ! Mais à partir de 1650, les épidémies se sont progressivement étendues ensemble de l'Amérique du Nord avec des fréquences très régulières et une ampleur considérable.
- Ces épidémies n'ont pas été seulement un désastre démographique relevant du génocide ; elles ont eu de graves et irrémédiables conséquences, de nature ethnocidaire : des familles, des clans, des confréries disparaissaient et, avec eux, des identités individuelles et collectives, des fonctions sociales, des savoir-faire, des connaissances, le lien social, la mémoire collective, la continuité de la lignée ancestrale... De surcroît, elles heurtaient les convictions indiennes : qu'en était-il de l'harmonie de l'univers ? La fierté et la dureté de la force indienne ? L'Indien ne croyait plus en lui même parce qu'il ne se reconnaissait plus dans l'Univers où il avait toujours eu sa place et son sens mais que les Blancs anéantissaient : des destructions d'objets collectifs, des pathologies mentales et des vagues de suicides ont régulièrement suivi ces épidémies.
- Économiquement, la traite va entraîner l'Indien dans un déséquilibre sans fin. La production prend de plus en plus de temps alors que le gibier se raréfie, les activités traditionnelles sont délaissées, ce qui amène une spécialisation - et une division du travail inconnue jusqu'alors - et a pour conséquence une fragilité économique plus grande. Le problème du rendement rendu plus aigu par la réduction de la population et le manque d'entraide amène la nécessité de recourir aux armes et aux outils européens, qui, de plus en plus chers, obligent à produire plus et à raréfier davantage encore les ressources naturelles.
- L'Indien qui a perdu son rapport aux objets du monde se retrouve démuni ; l'hostilité augmente. Les cultures uniformisées n'ont plus rien à échanger, les tribus se referment sur elles-mêmes, s'appauvrissent ; en rupture avec la sagesse traditionnelle des anciens, de nouveaux Chefs apparaissent et soumettent les tribus à des rapports de dépendance, de domination. La criminalité, liée à l'appât du gain et, surtout, à l'alcoolisme, augmente surtout là où l'influence coloniale est la plus forte.../...
source - http://lesogres.org